Mes yeux cherchèrent d'abord les siens avant de se poser sur la lame qu'il venait d'enfoncer dans mon flan. Ma première réaction fut de la frapper avec la main qui serrait le petit briquet dans sa paume. Titubant en arrière, je vis le sang jaillir quand la lame se retira et que l'homme perdit l'équilibre sous mon coup. Le plus étonnant dans l'histoire, c'est que je n'étais pas vraiment surprise, je ressentais juste une colère immense envers cet homme que j'avais bêtement laissé me berner. Le jaugeant froidement, je voulus parler mais une impulsion saisit mon corps et je fis volte face. Vers où, vers quoi, je ne me posais même pas la question ; ce drôle d'instinct qui m'avait habité venait de reprendre le dessus, ou alors était-ce la peur? Malgré la douleur se diffusant dans tout abdomen en même temps que le sang chaud s'échappant de la plaie, je me mis à courir.
Autour de moi, les rues devinrent floues comme si je m'étais trouvée dans un manège des parcs d'attractions. Subitement, les étoiles si belles ce soir furent englouties dans le noir du ciel et remplacées par des tâches blanches, dansant devant mes yeux. La nuit, glaciale, devint étouffante, et mes tempes me lancèrent douloureusement. C'était peut être à cause de mon état comateux que je ne reconnus pas tout de suite où, sans y avoir vraiment réfléchi, j'étais arrivée. Apercevoir ce perron, inconnu mais pourtant familier, me donna la force de grimper les marches et, apercevant le nom désiré, j'appuyais sur le bouton de la sonnette en me laissant choir contre le mur, pressant la plaie de toutes mes forces dans l'espoir de tenir le coup jusqu'à ce que sa voix retentisse.