La discussion s'éternisait. Cela faisait au moins vingt minutes qu'il leur rabachait ne pas en savoir plus, avoir trouvé la jeune fille devant sa porte et la seule phrase qu'elle lui avait dite. Sur les lieux, ils n'avaient trouvé aucune arme, mais visiblement ils avaient quelques soupçons sur lui et rien n'aurait pu plus le révolter. Les efforts qu'il devait faire pour garder son calme lui demandaient de plus en plus d'énergie et il n'allait pas tarder à perdre patience.

- Mais expliquez nous, lança Helt. Que faisait-elle chez vous ce soir ?
- Pour la dernière fois, j'étais chez moi et elle a sonné. Répondit-il en hachant sa phrase d'une façon exagérée, exaspéré. Je ne sais pas ce qu'elle faisait dans ma rue.
- Etiez vous... Seul ? Demanda le Lieutenant d'une voix contrite.

La colère de Jarod faillait éclater mais il se retint tant bien que mal. Il tournait autour du pot depuis le début pour savoir si il n'y avait pas quelque chose entre Lili et lui, et Jarod le savait bien : il avait d'ailleurs une bonne réponse à leur soumettre. (Et secrètement, il remerciait le ciel d'avoir commandé sa pizza même s'il ne l'avait pas mangée)

- J'étais seul oui, mais une livreuse de pizza peut le confirmer. Elle a sonné chez moi juste avant que je trouve Liliana, j'ai même cru au début qu'elle revenait me voir car elle avait dû oublier quelque chose, mais c'était Lili, et...
- Vous connaissez 'Lili' depuis longtemps ?

# Posté le vendredi 17 octobre 2008 12:10

Modifié le lundi 13 avril 2009 13:03

Jarod écarquilla les yeux devant la façon dont il avait prononcé 'Lili'. Ces deux syllabes résonnèrent même plusieurs secondes à ses oreilles. Il pensa à elle, immobile dans son lit d'hôpital, et sa colère augmenta encore d'un cran. C'en était vraiment trop.

- 3 ans. Répondit-il en serrant les dents.
- Et quels sont vos rapports avec 'Lili' ? Recommença-t-il en accentuant sa phrase de la même façon.
- Strictement professionnels. Répondit-il d'un ton cassant.
- C'est qu'elle est jolie la petite Lili... Continua-t-il en arborant un sourire.
- Mais qui êtes vous pour porter de tels jugements sur moi ? Vous devriez vous concentrer sur la recherche du mec qui a planté votre première fille et attendre avec espoir, comme moi, que Liliana se réveille et qu'elle vous aide à choper le sale type qui lui a fait ça ! Vous devriez être navré pour moi et non me foutre face à un mur en me jetant des pierres, car cette nuit je pourrais perdre ma meilleure élève, une virtuose formidable, et une amie précieuse ! Et tout simplement, une jeune fille pourrait bien mourir, mais ce qui vous intéresse c'est juste si le gentil prof qui l'a trouvée dans la rue d'une façon assez inexplicable, certes, n'a pas de relation avec elle ? Permettez moi de vous dire que vous me dégoûtez.

En disant cela, il s'était levé, et ses yeux s'étaient embués. Sa voix, au lieu de hurler, s'était faîte tranchante comme de l'acier, et on pouvait lire dans son regard toute cette colère qui tentait de prendre le dessus. L'Inspecteur Helt ouvrit la bouche, tout sourire envolé et toute provocation disparue de son visage, quand la porte s'ouvrit à la volée sur Foebe.

# Posté le vendredi 17 octobre 2008 12:38

Modifié le samedi 08 novembre 2008 09:18

Tous les regards se braquèrent sur elle.

- Liliana est sortie du bloc, sa vie n'est plus en danger et son état est constant. Je voulais vous prévenir... Lança-t-elle avec un air penaud sous les regards furibonds des trois protagonistes.
- Je serai plus utile auprès d'elle qu'ici, je vous suis. Trancha Jarod, un soulagement immense se lisant sur ses traits.

Il sortit sans un regard en arrière, laissant juste le temps à Helt de glisser un "Merci de votre coopération" un peu soucieux. Foebe sortit à sa suite et, entendant de l'agitation dans le hall, Betanni alla y faire un tour. Helt lui, resta assis, les yeux posés sur la chaise où se tenait un peu plus tôt cet homme. Il n'était pas un mauvais flic. Mais dans son métier, il fallait s'attendre à tout. Pourtant, il avait l'impression de s'être laissé déborder. Il fallait le reconnaître, la nuit avait été difficile, et pas seulement pour lui : pour ce Jarod, aussi. Comme il ne fallait négliger aucune piste, il avait essayé de voir la réaction de son seul 'témoin' en le poussant à bout, car la situation était étrange et il ne fallait pas dénigrer le fait que ce professeur n'avait rien à faire avec son élève en pleine nuit. Et ce qu'il avait récolté ne l'avançait pas beaucoup, de plus il ne pouvait pas donner tort aux dernières furieuses paroles qu'il s'était pris en pleine face ; même s'il n'avait vraiment pas besoin de ça. Car lui aussi était sur les nerfs : l'idée d'un agresseur en série l'échauffait au plus au point, mais pour l'instant il n'y avait pas de lien entre les victimes, sinon leur âge similaire. Une était en état de choc qui avait refusé de parler, l'autre dans le coma... Cela se présentait mal. Décidément cette affaire ne lui plaisait pas. A son tour, il se leva et rejoignit la cohue du hall en ébullition, le visage sombre mais une lueur décidée dans le regard.

# Posté le dimanche 19 octobre 2008 12:21

Modifié le samedi 08 novembre 2008 09:18

L'agitation. Totale. Pire qu'une éruption volcanique.
Le blanc des murs de l'hôpital semblait trancher les yeux, inapproprié dans cette effusion de rouge, de bleu, de noir. Rouge comme le sang qui couvrait tous les visages, Bleu comme les uniformes des sauveurs de vies, Noir comme la mort qui en avait déjà emporté certains. Une explosion de bruit et de mouvement éclata aux oreilles du policier à peine eut-il fait un pas dans le hall, mais il ne s'en formalisa pas. Il avait déjà vu tant de scènes comme ça qu'il en connaissait même les facteurs par coeur : sirènes, cris, pleurs ; course, douleur, désespoir. Un horrible mélange auquel il avait déjà goûté bien plus d'une fois.
Mais pour Jarod, c'était impressionnant. Ses yeux, ronds, étaient scotchés à la scène qui se déroulait à quelques mètres de lui. Il se dirigeait vers la porte avec Foebe quand la machine s'était mise en marche : bruyante, stupéfiante, horrifiante, voilà ce que vivait un hôpital lors d'une catastrophe telle qu'un accident de train. Foebe l'avait laissé seul, la main sur la poignée de la chambre de Lili, et s'était engouffrée dans cette masse de panique sans dire un mot, l'expression grave. Déjà, les proches arrivaient, des visages de morts empruntant leurs traits pourtant bien vivants. Jarod se sentait comme un fantôme, lui aussi. En spectateur dont personne ne faisait plus attention, il voyait, sentait, entendait la douleur sur chaque visage qu'il croisait, brancard qui s'approchait, bouche qui parlait. Il y reconnaissait le miroir de sa douleur quand il avait trouvé Lili, eu son sang sur les mains, cru la perdre. Il en eut les entrailles nouées. Il allait avoir un haut le coeur... Quand une main se posa sur son épaule.

# Posté le mardi 04 novembre 2008 07:39

Modifié le lundi 10 novembre 2008 17:59


- Venez, ne restons pas là et rentrons. Ce que vous voyez là n'est pas de notre domaine.

Le Lieutenant Helt se tenait à côté de lui, la mine grave, mais étrangement impassible au vu de la situation. Jarod, qui se savait déconfit, ne broncha pas suite à sa proposition et ouvrit la porte. Il entra, suivit par le policier, et dés qu'il la vit, toute son attention se porta sur elle. Il n'entendit pas la porte refermée dans son dos par Helt, ni le bruissement de la cohue qui s'opérait derrière. Il s'approcha et posa sa main sur le bras de Lili. Elle semblait dormir paisiblement.

- Vous êtes venu voir si elle s'était réveillée pour pouvoir l'interroger ? Demanda-t-il d'un voix ferme où, cette fois, il ne laissa passer aucune émotion.
- Non.
- Alors vous êtes venus pour éclaircir d'autres détails avec moi ? Continua-t-il sans se retourner.
- Non plus.
- Alors que faîtes-vous là ? S'impatienta-t-il.
- J'espère. Répondit calmement le Lieutenant.

Jarod tourna les yeux vers lui, le jaugea un instant, puis acquiesça avant de reposer ses yeux sur sa protégée. Le calme mortel de sa respiration, le léger tressautement de ses paupières closes, ses joues pâles et son visage éteint, le pansement qu'il devinait sous son drap... Si seulement tout ça pouvait n'être qu'un rêve.

# Posté le jeudi 06 novembre 2008 10:00

Modifié le lundi 10 novembre 2008 18:06